Qu'avons nous retenu de notre "rencontre" au Gabriel? 
Dans une ambiance détendue, amicale, nous avons découvert, appris, aimé, admiré, nous nous sommes sentis bien dans un endroit raffiné, prisé des bordelais:
le Gabriel, place de la Bourse, miroir d'eau...
C'est là que nous avions rendez-vous le 5 décembre 2009 à 10h15. Le quart d'heure bordelais a été amplement respecté... par les "sommités".
Monique nous a conté l'historique de cette belle place, ancienne "Place Royale"devenue "Place de la Bourse".
Nous n'avons pas tout retenu, pas possible, seulement les grandes lignes:
Du castrum de l'époque romaine, aux remparts du Moyen Age, Bordeaux était une ville fermée. Deux forteresses (le Château Trompette, côté fleuve et le Fort du Hâ, côté terre) la protégeaient, autant des attaques venues de l'extérieur que des révoltes internes. Dès le XVII ème siècle des plans d' ouverture des murailles furent proposés; mais Louis XIV, se méfiant de l'esprit frondeur des bordelais et de leurs relations avec les anglais, ne donna jamais son accord à ces différents projets. Il fallut attendre sa mort et la mode des places royales pour que les remparts soient enfin détruits et que la place devienne ce que nous connaissons aujourd'hui.
C'est aux "Gabriel", famille d'illustres architectes et constructeurs français (Jacques IV, Jacques V, son fils, Ange-Jacques, fils du précédent) que nous devons la construction de ce grand projet urbain: "
à partir de 1729, à Bordeaux,
ouverture d'une place sur la Garonne, cantonnée des Hôtels de la Bourse et des Fermes". Les plans seront achevés en 1733. "
La "Place Royale" se situe chronologiquement entre la Place Vendôme de Jules-Hardouin Mansard et la Place Louis XV (La Concorde) d'Ange Jacques Gabriel et apparaît comme " un trait d'union entre les deux places royales de Paris". Le "Pavillon" fut construit entre novembre 1749 et juin 1755.
Pouvons nous imaginer des équipes de sculpteurs oeuvrant pendant vingt cinq ans pour réaliser mascarons, agrafes et volutes qui ornent les façades de la place?
En 1764, au milieu, trônait la monumentale statue équestre de Louis XV (considérée comme l'un des plus grands chefs d'oeuvre de la sculpture française), réalisée par Lemoyne et détruite en 1792... pour fondre des canons...
Le piédestal était décoré de plaques de marbre réprésentant des scènes de batailles gagnées par Louis XV. Il est possible d'admirer certaines parties de ces ornements au musée d'Aquitaine. La réduction en bronze de la statue figure au musée des Arts Décoratifs à Bordeaux.
En 1889, la Fontaine des Trois Grâces, dessinée par Visconti, sculptée par Gumery et Jouandot, fut installée Place Royale.

Nous avons donc écouté, observé et découvert la Place autrement, grâce à l'éclairage historique que nous a apporté Monique Brut.

Le reste de la "Rencontre" se déroulait à l' intérieur du bâtiment nommé le "Pavillon" ou le "Gabriel". C'est avec beaucoup de simplicité et d'amitié que
Phillippe Algayon (entrepreneur et homme d'affaires) et
Michel Pétuaud Létang (architecte) nous dévoilaient l'extraordinaire histoire de la restauration de cet édifice devenu un restaurant gastronomique.

Il aura fallu la connivence de Philippe Algayon, de Noël Duché (cabinet d'expert comptable) et d' Eric Despons, candidats à la concession accordée pour vingt ans par la Chambre de Commerce et d' Industrie, pour transformer et rénover un bâtiment de quatre niveaux du XVIII ème siècle. Ce, en respectant les normes exigeantes d'un bâtiment du XXI ème siècle! C'est une prouesse.

En bas, se situe le bar, ambiance "club anglais" où l'on peut venir prendre un verre ou un thé dans un cadre XVIII ème: lambris, vitrines où sont exposés livres et vaisselle ancienne, fauteuils confortables, murs de pierre, voûtes, couleurs chaudes (rouge dominant, beige, gris et noir).
Un escalier a été créé afin de relier le café, la brasserie, le restaurant gastronomique et les cuisines(énormes: un tiers du budget leur a été consacré).
Au premier étage, le décor est différent, les poutres ont été conservées, les murs nettoyés et peints en grège, couleurs poudrées très douces, les salles communiquent. Décor intime, d'une maison cossue, sobre et élégante. La brasserie a sa propre cuisine.
Puis au second, nous découvrons, admiratifs, deux salons où le raffinement se niche partout. Le premier étage nous étonne, le second nous subjugue. Que dire, décrire est difficile, les photos vous racontent : de hauts plafonds ont permis à Michel Pétuaud Létang de suspendre deux lustres de Murano, créés spécialement pour ces salons. Féérique!
Les corniches et les rosaces ont été réalisées par un staffeur, métier d'artisanat rare. Le staff, mélange de plâtre et de fibres végétales( jute, sisal) est utilisé à partir de 1850 pour réaliser des moulages en plâtre d'une grande finesse d'exécution.
Peu de couleurs, les murs sont blancs, support idéal pour les tableaux de Michel Pétuaud Létang et de Christian Choisy qui reprennent les beiges, gris, blancs des deux pièces. C'est le salon salle à manger.
Les planchers en pichpin ont été conservés.
Mélange de modernité et respect des décors d'origine: les hautes fenêtres nous offrent la vue de la Place qui se reflète dans un grand miroir.
Mais, me direz vous, quel lien y a-t-il entre le Gabriel et Montesquieu? Monique a la réponse : Montesquieu a très peu écrit dans ses correspondances sur les grands travaux de Bordeaux. Mais, dans trois de ses lettres, il est question du Pavillon Gabriel. L'Académie Royale de Bordeaux fut créée en 1712; il était donc nécessaire de trouver un lieu digne pour l'héberger. Montesquieu sollicitait en 1727 puis en 1740, la possibilité d'occuper ce bâtiment. Les tractations échouèrent...

Nous avons donc savouré les décors avant de déguster un repas simple et raffiné qui nous a enchantés :
François Adamski ,
Meilleur Ouvrier de France et Bocuse d'Or et son équipe, nous ont régalés.
Autant d'élégance et de "sobriété de bon aloi " comme le dit Michel Pétuaud Létang, nous ont convaincus; nous avons eu du mal à quitter ce bel endroit , mariages d'architecture et d'histoire, de gastronomie et de savoirs-faire, de luxe et de simplicité.